Où s’est joué l’avenir du système de santé le 11 février dernier ? Au Conseil économique et social où se tenait la Grande conférence de la santé en présence de Marisol Touraine et conclue par Manuel Valls, ou aux assises de la médecine libérale organisées par les cinq syndicats représentatifs de médecins libéraux qui boycottaient le rendez-vous ? Selon le magazine des jeunes médecins turbulents What’s up Doc « C’est officiel, la montagne a accouché d’une souris. »

Que faut-il retenir de la feuille de route gouvernementale composée de 22 mesures ? Qu’elles sont exclusivement axées sur la formation et les conditions d’exercice des professionnels de santé. Modulation régionale du numerus clausus, amélioration des formations paramédicales et des passerelles avec les études médicales, recertification régulière des professionnels … La conférence de santé, qualifiée de « grande », est bien mal nommée. Trois mesures ont toutefois retenu notre attention.

Tout d’abord la mesure 22, qui vise à décloisonner les modes d’exercice entre la ville et l’hôpital, nous interpelle sur les incidences de cette diversification des parcours professionnels. Alors que la pénurie de spécialistes frappe les établissements hospitaliers publics et privés, cette mesure ne serait-elle pas une redoutable opération de séduction pour favoriser des vacations dans les CH et CHU ? Il sera en effet difficile pour certains de résister aux bénéfices d’un double statut salarial et libéral désormais facilité.

Ensuite, et il faut s’en réjouir, la mesure 17 prévoit une allocation « protection maternité » pour soutenir financièrement durant leur congé maternité les femmes médecins en secteur 1, ou en secteur 2 qui ont signé le contrat d’accès aux soins. Si conforter l’attractivité de l’exercice en secteur 1 est essentiel, exclure de ce dispositif les femmes médecins en secteur 2 est incompréhensible. Pourquoi s’évertuer à diviser les professionnels de santé en dégradant les droits de certains ?

Enfin, les auteurs de cette feuille de route ont du mal à prononcer le mot « clinique » ou l’appellation « établissements de santé publics ou privés ». La mesure 19 vise à permettre aux professionnels de santé de mieux s’organiser pour prendre en charge la population à l’échelle d’un territoire …dans lequel nous sommes invisibles ! Ce sont donc les relations avec l’hôpital que les équipes de soins primaires, composées de praticiens et de paramédicaux libéraux, sont invitées à développer.

Nous faisons nôtres les fondements sociétaux édictés par le Premier ministre – la liberté de choisir son médecin, la liberté d’installation, l’égalité d’accès aux soins, la transparence et l’adaptation permanente aux enjeux de santé, mais la conférence qui devait « dessiner le futur conforme à ces grands principes » comme le déclare l’avant-propos de la feuille de route, n’a pas eu lieu. Se focaliser sur la formation des médecins était habile pour détourner l’attention des négociations conventionnelles à venir, ou encore de la loi de santé en application. A quand une Grande conférence sur le système de santé ?

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